La raison est si simple, si "humaine" .
J'en ai parlé dans mes articles précédents Clément avait un avenir prometteur , il était fort, le travail ne l'effrayait pas , il était inventif , créatif ...il avait surtout de grandes qualités humaines , des valeurs essentielles . Parfois ses propos étaient virulents et intransigeants . ....comme son amitié , Clem pouvait entretenir des relations de franche camaraderie avec des jeunes ayant des valeurs diamétralement opposées aux siennes dès l'instant où en discuter était possible ...parfois, ça donnait lieu à de sérieuses prises de tête mais il préférait cela aux non-dits . Cela m'avait particulièrement marqué chez lui, il aimait les situations claires , il disait les choses sans tergiverser ....libre à l'autre , à moi , d'en discuter ...ou pas ! Il ne supportait pas la stupidité , les esprits étroits et les profiteurs ....c'était puissant à quel point lorsqu'il n'appréciait pas un individu , tout en lui suintait ce rejet ...son regard , sa manière de se tenir sur ses gardes et même sa façon de bouger, et ce sourire en coin profondément ironique et provocateur ....je l'ai observé un jour , ça m'avait sidérée , je découvrais une autre facette de Clem !
Il n'était pas "bagarreur " mais je crois qu'une baston ne l'effrayait certainement pas .
Bien sûr, ses 18 ans l'emmenaient parfois à certains extrêmes dans ses dires , dans ses désirs ...
C'est cet ensemble de choses qui m'a un jour interpellé et m'a emmené à cette réflexion : "il ya environ 30 ans j'étais pareille , qu'est-ce qui s'est passé ? ...pour quelle raison certains de mes rêves sont-ils restés à l'état d'ébauche et pourquoi ai-je suivi un chemin qu'à l'époque j'aurais refusé de toutes mes forces ? " .
Je me souviens , quand je lui disais " Mais tu sais mon grand, j'ai aussi gueulé comme ça , j'ai aussi été révoltée ...et plein d'autres qui sont devenus aujourd'hui des pères ou des mères salariés , avec leur bagnole et leur baraque !!!"...il répondait "ouais, mais vous avez accepté le système , vous êtes rentrés dedans !" ....et c'étaient des discussions sans fin , lui sur ses positions , moi obligée de reconnaître qu'il avait parfois raison mais cherchant à lui expliquer que "la vie a fait que..."
Dès lors je m'étais promis de le revoir d'ici quelques années pour savoir où il en était ,Lui !.....curieuse de voir si ce jeune gars , téméraire à souhait , convaincu du bien fondé de ses idées et de ses révoltes , allait aller plus loin , le plus loin possible dans l'avenir qu'il se dessinait .
Je sais que nous nous serions peut-être un peu perdus de vue ....il avait sa vie de jeune homme avec tout ce qu'elle lui réservait et moi la mienne avec tout ce qu'elle m'avait réservé . Mais j'étais curieuse et intéressée de cette future conversation , certainement parce qu'elle aurait apporté des réponses à ces quetions que j'ai commencé à me poser à cause de lui!
J'ai un peu le sentiment de pleurer sur moi-même parceque quelque chose m'a été enlevé , parceque des p'tits gars comme lui , y'en a pas à tous les coins de rue ou à toutes les sorties de concerts !
Parcequ'en fait j'avais toujours un immense plaisir à le voir , à le raccompagner (même si je devais insister -Clem n'aime pas déranger- Clem sait toujours où squatter - Clem se débrouille-) je savais qu'on allait "parler" de tout et de n'importe quoi , et quand Clem parlait d'un sujet , il savait de quoi il parlait , il avait cette intelligence du coeur et de l'esprit qui faisait que même le désaccord devenait une opportunité à saisir pour aller plus loin dans le dialogue ...Même la musique , il m'a fait apprécier des trucs que j'entendais sans les "écouter"... Bong sang que c'est enrichissant de croiser la route de tels jeunes , croyez-moi , ils sont capables de vous obliger à l'introspection , et ça vous réveille !
Le "deuil ", je connais. A 49 ans , j'ai forcément déjà connu auparavant la douleur que l'on ressent lorsque l'on perd quelqu'un ....personne n'y échappe....et chaque deuil est unique, comme l'est chaque personne qui nous quitte en nous laissant anéanti. On peut être profondément malheureux de perdre un être aimé tout en "acceptant" sa disparition . On peut aussi être profondément désemparé et ne pas parvenir à accepter l'évidence d'être à jamais privé de Son futur .
Combien sommes-nous à ne pas accepter le départ de Clément........
C'est le propre du deuil ....le regret de tout ce qui ne sera jamais et le manque de l'autre ... et Clément me manque , voilà ! Si certains ne comprennent pas, c'est de toute évidence qu'ils n'ont pas eu la chance que j'ai eue .
Alors , quelque part, j'ai un peu le sentiment de pleurer sur moi-même , parceque là, y'a un immense vide et que je suis en manque de ces instants d'échanges et de rires ,
Parceque parfois, je me dis que Clem , lui , là où il est , même dans le pire des cas ça ne peut pas être moins bien qu'ici !


